Hebdomadaire BOURSE+ : Juillet 2004
Contrairement aux idées reçues, il existe encore des PME de l'internet
qui arrivent à éditer des sites connus du grand public et des services
professionnels performants. Ainsi, la tendance à la concentration et
à l'acquisition d'une taille importante n'est pas forcément un gage
de survie. Axmapresse est une entreprise emblématique. Cette jeune pousse
française emploie quatre personnes et elle édite des sites qui sont
en tête dans leurs domaines. Par exemple, La-brocante.com est le premier
site français consacré aux brocantes, Fax-internet.com se positionne
comme le premier service français d'envoi de télécopies par internet
et Un-nom.com se forge une réputation de sérieux dans les forums. Jérôme
Ohorodnyk nous parle de son expérience d'entrepreneur de la nouvelle
économie.
N'est-ce pas un pari risqué de se positionner comme une PME de l'internet,
compte tenu du niveau de concentration dans ce secteur ?
Le cadre de vie. A Paris, il me fallait une heure de transport pour
aller travailler et une heure pour rentrer le soir. A La Baule, le cadre
de vie est exceptionnel, le climat est très favorable et la mer est
là ! La Baule a également l’avantage de n’être pas très loin de Paris,
que ce soit en TGV ou en voiture. La population de La Baule est relativement
aisée, mais elle est moins m’as-tu vu que celle qui est à Deauville.
Tous ces éléments plaident en faveur de La Baule.
N'est-ce pas un pari risqué de se positionner comme une PME de l'internet, compte tenu du
niveau de concentration dans ce secteur ?
Dès que l'on veut créer une
entreprise, il y a toujours des risques. Cependant, je n'ai jamais voulu
adopter l'esprit du jeune pousse en cherchant à lever des millions d'euros.
Nous proposons un service concret et nous nous positionnons comme une
entreprise normale, avec des charges et des produits. Nous sommes d'abord
très spécialisés sur le monde de l'entreprise, avec le service de télécopie
par internet, la gestion de noms de domaines et l'hébergement de sites.
Nous sommes toujours restés indépendants et nous n'avons jamais voulu
rentrer dans la course à la concentration.
Le marché des noms de domaines
est très concurrentiel : comment arrivez vous à vous distinguer, face
à des groupes qui semblent dominer le marché, comme Amen ?
Nous avons
récemment racheté un concurrent d'Amen, Siteweb.fr, mais nous avons
développé une offre complémentaire. Nous sommes une entreprise à taille
humaine : par exemple, notre service client n'est pas accessible via
un numéro audiotel surtaxé. Nous avons également un support en ligne
que j'estime être très performant. Enfin, nos tarifs sont jugés comme
très compétitifs par nos utilisateurs. Tous ces éléments permettent
de nous distinguer.
Vous êtes pourtant une PME et vous ne pouvez pas
jouer sur un effet de taille avec plusieurs centaines de milliers de
clients. N'est ce pas un handicap ?
Le marché du nom de domaine me fait
penser à cette image : on essaie de vider l'océan avec une petite cuillère…
Il y a tellement de choses à faire dans ce secteur, qu'il ne faut pas
croire qu'il faut être un grand groupe pour tirer son épingle du jeu.
Nous sommes une équipe de quatre personnes et notre volume d'affaires
nous permet d'absorber les charges de l'entreprise. Nous avons de nombreux
services automatisés et nous pouvons donc nous permettre de gérer des
services grand public tout en nous concentrant, sur le plan du service
client, sur des offres professionnelles de qualité. Là ou parfois il
faut cent personnes, chez nous quatre personnes suffisent.
L'assouplissement
de la législation sur les noms de domaines n'entraînent t-elle pas un
besoin plus important de conseil ?
Nous recevons de nombreux appels
émanant de particuliers qui souhaitent avoir des renseignements sur
l'adoption d'un " .fr ". Actuellement, seules les entreprises françaises
disposant d'un numéro de registre du commerce ou d'une marque déposée
à l'INPI peuvent acquérir un " .fr ". Il est vrai que la demande d'information
est importante et c'est un atout pour une entreprise comme la nôtre,
face à des grands sites qui ne proposent pas de conseils personnalisés,
mais simplement des modules de commandes en ligne.
Vous éditez deux
sites destinés aux particuliers : La-brocante.com et Special-rencontre.com.
N'est-ce pas un pari fou que d'éditer un site de rencontres, alors que
le marché est dominé par quelques gros acteurs, comme Meetic ou Net
Club ?
Nous investissons beaucoup en publicité, aussi bien en presse
que sur Internet. Nos tarifs d'abonnements sont très attractifs, puisqu'ils
sont basés sur des coûts audiotel. On assiste à une restructuration
très forte du marché de la rencontre sur Internet et je suis persuadé
qu'il existe une place pour un site à taille humaine. C'est sur ce point
que nous nous distinguons. Tous les moteurs de recherche ont leur propre
technique de référencement. Il est nécessaire de comprendre cette technique
afin de pouvoir développer les sites d'une manière efficace. Nous arrivons
ainsi à nous positionner en première place sur les moteurs de recherche.
La maîtrise de cette technologie nous permet de lancer facilement des
services et de nous situer en première position sur la plupart des moteurs.
Aujourd'hui,pour être en force sur les moteurs de recherche, il est
inutile d'avoir des millions d 'euros ! Auparavant, c'était différent.
Vous avez été le premier à lancer la technologie de télécopie par internet
sur le marché français. Comment fonctionne ce service ?
C'est une offre que nous avons lancée en 1998 à travers le site Fax-internet.com et
nous adressons actuellement un volume d'un millions de télécopies par
mois. Notre logiciel est inédit sur le marché français, puisqu'il s'installe
comme une imprimante et il permet d'envoyer jusqu'à 2000 télécopies
en une minute. Il suffit d'être connecté à Internet. Il y a une économie
de coûts évidente. C'est une offre qui intéresse les PME et les grands
groupes (Aventis Pasteur, Bouygues Télécom, Bayard Presse…), 80% de
PME et 10% de particuliers.
La-brocante.com est un site leader dans
son domaine. Comment l'avez vous crée ?
C'est d'abord une passion personnelle.
Il y a quelques années, je me suis aperçu qu'il n'existait rien dans
ce domaine et je me suis basé sur le succès d'un magasine papier pour
lancer le site. Aujourd'hui, nous avons quatre ou cinq concurrents,
mais personne ne peut revendiquer notre taux de fréquentation, puisque
nous avons plus de 2300 visiteurs par jour avec en permanence plusieurs
centaines d'annonces valides. Le site est également situé en première
position dans les moteurs de recherche.
Quelle est votre opinion sur
le développement de l'Internet au cours de ces dernières années, notamment
avec l'explosion de l'ADSL ?
Les sites sont de plus en professionnels
et la publicité en ligne se démocratise avec des offres de prix qui
sont maintenant logiques. Les prix ne sont plus fantaisistes. Cette
structuration du marché est forcément positive pour le développement
d'entreprises saines. De la même manière qu'il existe dans le commerce
traditionnel des grandes surfaces et des petites boutiques, je crois
que chacun peut tirer son épingle du jeu en proposant un service complémentaire
et différent. Certaines entreprises misent sur des tarifs agressifs,
mais elles minimisent la qualité de leur service clientèle. De petites
entreprises préfèrent avoir un service clientèle plus abordable, mais
le coût sera forcément supérieur. Ainsi, contrairement aux idées reçues
des PME de l'Internet peuvent tirer leur épingle du jeu… Oui, et je
trouve cette situation très saine. En 2001, on a vu des petites jeunes
essayer de lever des millions d'euros sous prétexte qu'ils avaient un
" .com "… Cela ne pouvait pas durer longtemps ! Maintenant, l'écrémage
est naturel puisque les services doivent être professionnels et concrets.
Enfin, quelle est votre position, en tant qu'hébergeur, sur la loi sur
l'économie numérique ?
L'assouplissement de la loi sur l'économie numérique
me semble d'abord être un bon point. Sur le plan personnel, j'ai été
tenté d'arrêter cette activité en France et de la poursuivre dans un
autre pays, si la loi initiale avait été votée. On nous demande d'être
juges, alors que notre métier est technique et commercial. Je ne comprends
pas pourquoi les prestations techniques devraient être coupables du
contenu qu'ils véhiculent.
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